Interview de Deborah Nadoolman

Deborah Nadoolman

Deborah Nadoolman a commencé sa carrière en tant que Costume Designer sur les films de John Landis, notamment The Kentucky Fried Movie (1977) et Animal House (1978). Depuis lors elle a travaillé sur des films comme The Blues Brothers, Thriller (1983) de Michael Jackson, 1941 (1979), Raiders of the Lost Ark (1981) de Steven Spielberg et Coming to America (1988), pour lequel elle a reçu une nomination aux Academy Award.

Aujourd'hui le Dr. Deborah Nadoolman est la présidente de la Guilde des Costume Designers, l'union représentant les costumes designers travaillant de façon active à Hollywood.

14 septembre 2005

D'où est venue l'inspiration pour le fedora, le blouson de cuir, le haversack et le fouet d'Indy ?

Le film Secret of the Incas (1954) avec en vedette Charlton Heston, réalisé par Jerry Hopper est presque un image-par-image du film Les Aventuriers de l'Arche Perdue. Puisque les deux ont été produits par Paramount et que Secret of the Incas n'est plus disponible en vidéo – je peux seulement avancer l'hypothèse que Larry Kasdan a pris ce script et l'a mis à jour pour Steven. Une super idée. Nous avons visionné ce film en équipe plusieurs fois, et j'ai toujours trouvé bizarre que les réalisateurs n'aient pas mis plus tard ce film aux crédits de la série en tant que source d'inspiration. Les Aventuriers est un classique moderne à lui seul, mais le fedora, le blouson et le fouet sont déjà portés par Charlton Heston en 1954. Mon propre travail n'est pas diminué par le fait d'avoir visionné ce merveilleux film. L'esprit des Aventuriers a également été fournis par les films noirs des années 40 de Alan Ladd, qui avaient également ce type d'aventurier dur-à-cuir, revêtu de son blouson de cuir et de son fedora en feutre.

Je viens juste de revoir Secret of the Incas à la Eastman House de Rochester, et ça m'a bien aidé à me rafraîchir la mémoire. L'Indiana qu'interprête Harrison est vraiment un Harry Steele en plus gentil et plus tendre (l'aventurier/archéologue que joue Heston). Le fedora de Heston est considérablement plus grand et moins pratique – comparé à celui que j'ai dessiné pour Indiana ça ressemble presque à un chapeau de pacotille !

Est-ce que le casting de Harrison Ford a eu des influences sur le costume référence de Indy ?

Absolument pas. Comme vous le savez probablement déjà, nous nous étions préparés à travailler avec Tom Selleck. Tous les réceptionnistes à la Egg Company (nos somptueux bureaux Lucas sur le Lankershim Blvd) furent déçus quand Tom nous a quitté pour la série Magnum. Tom avait tourné le pilote avant de signer pour les Aventuriers et malheureusement le pilote a été choisi après que j'ai déjà conçu un prototype du costume dans son intégralité à la Western Costume Company de Melrose. Nous étions très prêt du tournage et sans Indiana Jones. Désespérés, George et Steven en discutèrent et nous nous sommes retrouvés avec un Han Solo au chômage prolongé. Et il était vieux, presque 40 ans ! Harrison est, ou était, un personnage affable, introspectif, réservé, à des années lumières de l'archi populaire et très glamour Tom Selleck. Nous étions déçus, mais nous avons accepté. Bien-sûr, le casting de Harrison fut décisif. Sa chaleur naturelle, son intelligence et par dessus tout, sa vulnérabilité, ont fait passer Indiana Jones du statut de superhéros stéréoptypé à celui d'homme ordinaire avec un sens de l'humour à l'ironie tranchante.

Combien de fedoras et de blousons en cuir ont été fabriqués pour les Aventuriers de l'Arche Perdue ?

À cause de la déception, notamment financière, que fut 1941 (dont j'ai assuré le design), Lucas est venu en tant que producteur des Aventuriers comme une faveur pour Steven. Nous travaillions alors sur un film B avec un budget de film B, mais tous le personnel était du type "A". J'avais besoin d'un budget décent pour m'accomoder des nombreux cascadeurs, figurants, foules, et mannequins (équipés). Mais le responsable du personnel fut sans pitié. Ce ne fut pas joli à voir. J'avais budgété pour 10 blousons et pour économiser de l'argent je les ai commandé chez la très raisonnable Wilson's House of Suede and Leather de Los Angeles qui les a fait sur mesures pour moi, à partir du prototype que j'avais dessiné à la Western Costume Company. Ce fut avant que quiconque ne parte pour Londres pour démarrer la pré-production aux EMI Elstree Studios.

Quand les blousons sont arrivés de chez Wilson's j'ai compris qu'ils seraient inutilisables pour le film. Alors que j'essayais de vieillir l'un d'eux, le cuir s'est effrité entre mes mains, immédiatement la couleur du cuir a commencé à partir, et des trous géants sont apparus. J'en ai parlé avec Steven, George et Harrison. Et ce fut Harrison qui est devenu mon allier et mon avocat. Je ne pouvais tout simplement pas utiliser ces blousons de seconde zone – il aurait été impossible de les porter lors des cacades et ils ne rendraient jamais correctement à l'écran. Finalement, après beaucoup de polémiques sur l'argent – ce qui était ridicule, les blousons étant une des pièces maîtresses du film – et après avoir regardé Heston et Ladd  les porter sur grand écran – finalement j'ai reçu le OK pour dessiner et commander 10 nouveaux blousons chez Berman's and Nathan's Costumier's une fois arrivés à Londres. Ils furent également créés à partir du prototype originel que j'avais dessiné pour Tom Selleck, fabriqué par Reuben à Western Costume. Ils avaient un système d'"action back" à base de plis, à l'aide d'une machine des années 30, ce qui autorisait des mouvements des bras plus amples, et des attaches plus flexibles à la taille.

Après tant d'années, la mémoire n'étant pas toujours très fiable, sur une photocopie de son croquis du costume d'Indiana Jones, on a retrouvé des annotations manuscrites de la main même de Deborah Nadoolman. Il y est inscrit en rouge, qu'il s'agit de la tenue de base, régulièrement portée durant tout le film. Le croquis comporte aussi différentes indications quantitatives : « 15 chapeaux, 10-12 pantalons, 25 chemises, 10 vestes en cuir et 5 paires de chaussures ».

Durant l'un de nos premiers essayages j'ai vidé des boîtes de fedoras pour que Harrison les essaye. Les chapeaux sont extrêmement uniques, et il est absolument impossible pour quiconque de déterminer ce qui va aller avec le visage de quelqu'un d'autre. La taille de la couronne, la dimension des bords, le ruban, la couleur, sont tous des composants du chapeau qui encadreront le visage de l'acteur et donneront de la substance au personnage.

Nous avons pris notre temps. Les Costume designers doivent également composer avec les besoins du réalisateur quand ils dessinent les chapeaux – est-ce que les spectateurs seront capable de voir le visage et les yeux de l'acteur ? Lorsque nous en avons trouvé un qui pouvait être adapté, la couronne rabaissé, le bord rétréci, je me suis rendu chez le chapelier Herbert Johnson à Saville Road pour trouver le modèle qui se rapprochait le plus de celui dont nous disposions. Ils offrirent un modèle "Australien" – qui, avec quelques retouches, devint le fedora d'Indiana Jones. J'en ai commandé une douzaine, et je pense que ce nombre a tenu jusqu'à la fin du film.

La palette pour Indiana Jones n'est que des tons de terre – même dans ses vêtements d'archéologue universitaire. Ce fut mon choix délibéré – Indiana était accessible, magnétique, et par dessus tout – partie intégrante de la terre qu'il creusait tant. Les méchants des Aventuriers sont dans des tons de gris ou noirs – froid et repoussant.

Durant les diverses scènes d'action, Indy ne perd jamais son fedora. Pouvez-vous nous dire quelles astuces ont été mises en oeuvre pour le garder sur sa tête ?
Il y a une blague à ce propos dans le documentaire sur le tournage de Last Crusade où Ford fait mine d'aggrafer le fedora sur sa tête.

Il n'y a eu aucune astuce dont j'ai eu connaissance - autre que la bonne taille du chapeau – et ce fut pour partie bien sûr dans la blague sur le fait que le chapeau tenait bien sur sa tête. Les cascadeurs avaient souvent des élastiques sous la machoire, peints avec du maquillage. Souvenez vous que les spectateurs ne doivent jamais voir le visage d'un cascadeur !

Dès que je vois Indiana Jones en professeur distingué à l'université puis Indy dans son blouson de cuir et son fedora sur la piste d'une aventure, je ne peux m'empêcher de penser à Clark Kent vs. Superman. Est-ce que la ressemblance du costume d'Indy en tant que professeur et du costume de Clark Kent fut un choix intentionnel ?

Il n'y a pas eu un choix délibéré de faire allusion à Clark Kent, mais votre présomption est bonne d'un point de vue global. Indiana Jones n'est pas un super héros et il ne se cache pas. Il n'a pas besoin de l'identité secrète d'une andouille gaffeuse. Mais, le Professeur Jones est vulnérable, idéaliste, un intellectuel introspectif avec un sens de l'humour prononcé. Son personnage courageux sur le terrain est un alter égo de son personnage réservé. Indiana est plus comme Sherlock Holmes qui se retire dans son refuge de Baker Street, après de dangereuses aventures à résoudre des crimes, quelques fois déguisé.

Mis à part le costume de Indy, quel fut le costume le plus difficile à réaliser pour Les Aventuriers de l'Arche Perdue ?

Le personnage de Karen Allen fut dur à trouver. C'était difficile de faire la transition entre une espèce de poivrote complètement imbue d'elle-même portant des pantalons, en une délicieuse femme très glamour portant une robe de soirée blanche en soie avec un décolleté de satin blanc.

Dans les films dont l'action se situe dans le passé, comme Les Aventuriers de l'Arche Perdue, qui requièrent de grosses quantités d'uniformes militaires et d'équipements d'époque (ceintures, armes, etc.) quelle proportion de ces costumes sont fabriqués par le département confection et quelle autre est "trouvée" ou achetée dans des surplus militaires comme What Price Glory ?

Tous les uniformes Nazi que nous avons utilisé sur les Aventuriers provenaient de surplus de la WWII, que nous avons acheté à un vendeur du Texas. Ces uniformes, maintenant vieux de 60 ans, ne sont plus disponibles.

Mike French & Gilles Verschuere © theraider.net

Merci à Samuel Dubois pour cette traduction.


Dernière mise à jour le 28/05/2012

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