Sur les traces d'Indy au Sri Lanka

Jean-Christophe Quenot

Jeudi 17 mars 2005

Pour retrouver le village de Mayapore, site majeur des aventures d'Indy dans Indiana Jones et le Temple Maudit, je me suis d'abord rendu à Kandy, la deuxième ville du pays. Le patron du Sharon Inn, la guest house où je suis descendu, a appelé un tuktuk (tricycle motorisé que l'on voit partout de l'Inde à la Thaïlande) dont le chauffeur a accepté de m'emmener à Hantane (ou Hantana) Tea Estate pour 750 roupies (6,20 €) l'aller-retour, plus l'attente entre les deux.

Hantane est une plantation de thé, et n'était pas du tout un endroit touristique jusqu'à ce qu'il y a quelques années, la Hantane Tea Factory ait été transformée en musée du thé. Raju, mon conducteur de tuktuk, croyait que mon intérêt pour Hantane s'arrêtait à ce musée, il se trompait.

Après 20 minutes de trajet, nous sommes arrivés à Hantane Tea Factory, qui était fermée. Je savais que les scènes de Mayapore avaient été tournées sur la plantation, mais où exactement ? Le paysage autour du musée ne rappelait en rien Mayapore. Je décide d'entrer dans le General Office, juste devant le musée. À l'intérieur, je tombe en plein sur une photo poussiéreuse de l'ami Steven posant avec une boîte de thé Hantane Photo 1.

Le personnel, très surpris, semble se demander ce que je viens faire là. Je leur dis en montrant la photo « Voilà pourquoi je viens ». Seule une employée, qui approche de la cinquantaine et semble bosser pour Hantane depuis des lustres, comprend tout de suite ce que je veux : « Oh oui, Steven Spielberg… Indiana Jones ! » Un autre employé rame complètement. Il me demande en contemplant la photo : « C'est un acteur célèbre ? » La femme sort un papier et un crayon et me note l'endroit où aller : Oodewella Top Division. Elle me dit qu'il faut trouver le temple. « Ainsi, le rocher sacré qu'on voit dans le film est un authentique rocher sacré ? » Elle me répond que oui. Raju tire un peu la gueule, car c'est visiblement beaucoup plus loin que prévu, et il est un peu juste au niveau essence. Nous renégocierons la course 50 % à la hausse.

Suivez le guide :

À partir de la station de bus de Kandy, prenez un bus pour Oodewella (prononcez "Oodoowella").

Si vous y allez par vos propres moyens (location de moto, ou à l'aide d'un tuktuk), prenez la route de Hantane, laissez la route du Ceylon Tea Museum (ex-Hantane Tea Factory) sur votre gauche, passez l'Oodewella Tea factory sur votre gauche, passez le rocher sur lequel il est écrit "Circuit bungalow" sur votre droite, ainsi que les deux petits temples hindous de part et d'autre de la route. Une fois passés tous ces repères, vous aurez fait au moins dix kilomètres, et vous arrivez au petit village d'Oodewella. C'est là que le bus s'arrête. Si vous décidez de continuer à pied, vous en aurez environ pour une heure de marche, et de la montée principalement. Continuez sur la même route en direction de Galaha. Vous passerez bientôt devant le "Assistant Superintendent Bungalow" sur la droite, quand vous verrez le panneau "F/N?24 HEC 18-63", ignorez la piste qui part vers la gauche et tournez à droite en suivant la route (mal) goudronée. Vous verrez plus loin un panneau où il est écrit "F/N?26 HEC 11-75". Ensuite, prenez la piste qui monte sur votre droite. Soyez prévenus : la route est très mauvaise : il y a là une série de virages en épingle à cheveux, et vous verrez successivement une petite fontaine sur votre gauche, puis une sorte de puits sur votre droite (qui est en fait un endroit pour faire du feu). Ne suivez pas la flèche indiquant le "Plant A" sur la gauche et continuez tout droit. Ensuite vous verrez le panneau "Oodewella Top Division". Tournez à gauche quand vous verrez le panneau "Plane of NC18A HEC D1". Le chemin que vous empruntez à partir de là est reconnaissable à de petites bornes blanches posées en bord de route tous les 10 m. Ensuite, vous trouverez la citerne. Laissez votre véhicule là et continuez à gravir le chemin, qui fait un ultime virage à gauche 20 m plus loin. Continuez à monter, et vous allez trouver, tout de suite sur votre gauche, le rocher sacré, et la niche qui contenait la pierre sacrée de Sankara.

Pendant la moitié du trajet, la plantation est encore relativement peuplée : si vous voulez faire ce voyage à votre tour, n'hésitez pas à demander votre chemin à tout moment. Vous devrez être aidé également par le fait qu'on trouve le long de la route des pancartes avec un plan de la plantation, et par le fait que déjà au loin, on peut voir la falaise qui servait d'arrière-plan à Mayapore Photo 2.

En nous arrêtant à une échoppe pour prendre de l'essence (ou plus exactement demander au patron d'en siphonner quelque part contre paiement), nous rencontrons M. Sukukmaren, qui dit connaître exactement l'endroit du tournage. M. Sukukmaren, qui a déjà un certain âge et plus toutes ses dents a en tout cas gardé toute sa tête, et sans son aide, je ne vois pas comment nous aurions pu retrouver le site de Mayapore. Nous reprenons la route, et au bout d'une quinzaine de minutes, on ne croise déjà plus personne. Le chemin devient très, très caillouteux, et le tuktuk brinqueballe dans tous les sens. Encore une quinzaine de minutes, et nous nous arrêtons à une sorte de grand rocher plat flanqué d'une citerne Photo 3.

De là, il nous faut continuer à pied en direction de la falaise voyez le point jaune, sur la Photo 4 et Photo 5.

Photo 4
Photo 5

Nous remontons la pente sur une centaine de mètres, et, contournant un tas de rochers envahi par la broussaille, nous trouvons le Saint Graal : le rocher sacré de Mayapore, tout de suite identifiable par la niche qui y est creusée, là où les villageois gardaient l'une des pierres sacrées de Sankara Photo 6 et Photo 7.

En regardant autour de moi, je me rends compte que ce site est un véritable crève-coeur : le décor du village a dégagé depuis longtemps, et la végétation a tout recouvert Photo 8 et Photo 9.

Il n'y a même pas de "temple" comme on me l'avait annoncé. S'il n'y avait pas le rocher sacré avec sa niche comme point de repère, le site serait totalement impossible à identifier !

Derrière le rocher, sur la droite, ce trouve encore la citerne dans laquelle l'équipe de tournage avait construit un moulin à eau Photo 10, Photo 11, Photo 12, Photo 13, celui devant lequel Indy et Willie s'embrassent dans le dernier plan du film.

Je ne sais si la citerne existait bien avant 1983, mais M. Sukukmaren, avec son peu d'anglais, m'explique qu'elle était alimentée au moment du tournage par une pompe à eau située à l'arrière-plan sur la Photo 9. Derrière la citerne, seuls quelques pans de mur subsistent, perdus dans la broussaille, mais là encore, il n'est pas évident que la bâtisse à laquelle appartenaient ces murs fût elle-même un décor du film. Nous revenons devant le rocher sacré.

En nous tournant vers la gauche, nous retrouvons les deux rochers qui, à la fin du film, encadraient le retour de nos héros au village, suivis des enfants libérés Photo 14.

Nous revenons face au rocher sacré, puis nous tournons sur la droite, pour contourner un amoncellement de roches et de végétation, et redescendre vers la route.  Après dix mètres, en regardant vers la droite, je reconnais le plus haut rocher que l'on voit dans le plan où le petit garçon évadé des mines de Kali revient au village Photo 15.

Foutue jungle ! Maintenant il faut vraiment les chercher, ces rochers ! Voici un gros plan du rocher sur lequel s'adosse brièvement le petit garçon Photo 16 avant de continuer sa marche titubante vers la hutte où il va tomber dans les bras d'Indy (il s'agit d'un plan-séquence, vous vous souvenez ?) Malheureusement, j'oublie de grimper sur ce tas de rocher, d'où a été pris ce plan général de Mayapore où l'on voit toute la population du village rassemblée autour d'Indy. Ce sera pour la prochaine fois (peut-être). Puis nous redescendons au tuktuk, où nous attend Raju. Il ne connaît pas du tout cet endroit, et je ne le sens pas rassuré du tout. Je suis surpris de voir que les citadins srilankais n'en mènent pas plus large que les touristes dans des endroits un peu paumés de l'île. Nous déposons M. Sukukmaren sur le chemin du retour, sans oublier son pourboire. Il me laisse son adresse, que voici :

Sukukmaren, Uduwalla Estate, Hantane, Kandy, Sri Lanka Photo 17.

Dès que son téléphone portable se retrouve couvert par le réseau, Raju s'empresse de téléphoner au patron du Sharon Inn pour lui raconter son aventure. Il lui dit que c'est la première fois qu'un client le fait aller si loin dans la cambrousse. Qui se douterait pourtant que cet endroit perdu, sans grand intérêt (sinon pour cette jolie vue sur la falaise) a connu ses 10 minutes de gloire il y a 21 ans, en étant vu par des millions de gens à travers le monde dans un blockbuster américain ?

Retour sur le site en mars 2006

Je découvre un phénomène remarquable : la niche du rocher sacré est devenu un nid d'araignées qui s'agitent comme des folles à mon approche. Leur corps sphérique fait penser à des créatures issues de La guerre des mondes. Certaines commencent à sortir de la niche et à courir sur le rocher. Il faudra peut-être informer M. Spielberg qu'alors qu'il est maintenant occupé à tourner des films plus adultes comme Munich, les forces de la nuit ont de nouveau envahi Mayapore.

Vendredi 18 mars 2005

Je savais depuis longtemps que la fameuse scène du pont de liane a été tournée non loin du chantier du barrage Victoria, qui fut terminé un an après le tournage du film, en 1984. Ce que je ne savais pas, par contre, c'est à combien de distance le site de tournage se trouvait du barrage, et s'il se trouvait en aval ou en amont, ce qui dans le dernier cas pouvait vouloir dire que les falaises tout entières étaient maintenant submergées par le lac de rétention. Trouver le barrage ne pose aucun problème, par contre, il n'y a pas de bus pour y aller : j'ai donc dû payer un tuktuk 1700 roupies (14 €) pour faire l'aller-retour. Le voyage prend environ une heure et demie. Je savais déjà qu'il était interdit de prendre des photos de barrages au Sri Lanka, et que je risquais d'être restreint dans ma liberté de mouvement autour de l'ouvrage. La mauvaise surprise, en arrivant, est que l'accès au barrage était strictement interdit, et qu'on peut seulement se rendre au "viewing pavilion" situé plus haut. De là, bien sûr, interdit de prendre des photos. Comme les négociations entre le LTTE des Tigres Tamouls et le gouvernement Sri Lankais est au point mort, il y a un risque accru d'actes terroristes du type que ceux qu'ont connus l'aéroport de Colombo et le Temple de la dent à Kandy. Du coup, toute la zone est sous contrôle militaire et sévérement gardé. Du "viewing pavilion", je peste : si la vue sur le barrage est imprenable, par contre les arbres bouchent la vue sur ce qui se trouve en aval, sur la gauche. Je passe derrière le "viewing pavilion", et marche en direction de l'aval sur une vingtaine de mètres. Après être passé devant des latrines, impossible d'aller plus loin : la pente est trop raide, et l'accès est interdit. À travers une trouée dans le feuillage, je vois une falaise située sur la rive opposée. Je reconnais tout de suite la falaise par laquelle nos héros accèdent au pont Photo 18.

Les deux piliers qui soutenaient les cables sont d'ailleurs toujours là ! Cela veut donc dire que le site de tournage ne se trouve qu'à environ trois cent mètres en aval du barrage, en pleine zone interdite, comme en témoigne la grille qui se profile juste derrière les deux piliers ! Plus tard, dans le "viewing pavilion", un employé du barrage me montrera des photos du site datant d'avant la construction du barrage Photo 19. On y reconnaît bien la falaise qui se trouve du côté oppposé, là où Mola Ram "réceptionne" Willie et Shorty. Mon conducteur de tuktuk me dit qu'il est possible d'aller au "Victoria Dam Headquarters" à Digana (un village situé à mi-chemin entre Kandy et le barrage) pour obtenir l'autorisation d'aller sur le barrage, mais sans garantie de succès. Comme le village est assez loin et que je dois rentrer à Colombo dans la journée, je renonce à faire la démarche. Je ne vous cacherai pas que cette excursion fut une déception plus qu'autre chose : 3 heures de voyage aller-retour pour ne prendre que 2 photos !

Il ne reste qu'à attendre que la guerre civile prenne fin au Sri Lanka pour avoir l'espoir de redécouvrir ce site.

Jean-Christophe Quenot


Panoramique du site

En utilisant un panoramique du site réalisé pour le making of du film, j'ai réussi à faire une image composite qui situe bien la distance du barrage par rapport au pont.

Dernière mise à jour le 28/05/2012

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