La genèse : La quête de l'illumination

Introduction

Depuis la création du personnage d'Indiana Jones, Lucas et Spielberg avaient pour intention de faire une série de films. George Lucas commença donc à travailler sur le 3ème opus dès 1985. Contrairement à ce que certaines rumeurs laissaient entendre, il fut décidé que cet épisode clôturerait la saga.

Bien que Le Temple Maudit fut un succès, il reçut de nombreuses critiques négatives, et les deux compères pensèrent qu'il valaient mieux revenir à l'esprit des Aventuriers.

Steven Spielberg : « Je n'étais pas du tout satisfait de ce film. Il était trop sombre, une trop grande partie se passait sous terre, et surtout il était trop terrifiant… Il n'y a pas une once de ma personnalité dedans. »

Les premières idées

Une des premières pistes étudiées était une histoire avec des fantômes, une maison hantée et des enfants, mais elle fut vite rejetée car elle rappelait trop Le Temple Maudit.

L'idée d'une quête du Saint Graal fut également très tôt explorée, puis laissée de côté.

Vous n'auriez pas, dit-on été particulièrement enthousiaste lorsque George Lucas a suggéré pour la première fois que l'intrigue tournerait autour du saint Graal ?

Steven Spielberg : « Outre le fait que j'avais toujours associé l'idée du Graal aux Monty Python, je ne voyais pas comment la chose pouvait être raccrochée à quelque mythe contemporain. En outre, il s'agit d'un symbole chrétien, et, pour moi, juif, l'Arche d'Alliance présente un intérêt plus grand. Malgré tout, le Graal ne saurait être dédaigné puisqu'il est le symbole de la recherche de soi et de la signification de l'existence. »

Lorsque j'ai découvert que, selon certaines sources religieuses, le Graal était la coupe dans laquelle le christ avait bu pendant la Cène et dans laquelle avait été recueilli son sang après la mise en croix, j'ai compris que je disposais d'un élément double. Le Graal était à la fois un objet concret, historique, et une métaphore de la connaissance de soi-même. Et c'est alors qu'il s'est imposé à mon esprit. »

Vos réticences n'étaient-elles pas dues aussi au fait qu'il faudrait déterminer quels seraient les effets physiques du Graal sur ceux qui s'en serviraient pour boire ?

Steven Spielberg : « Non, parce que George avait déjà l'idée qu'en buvant dans le faux Graal, on était victime d'une indigestion réduisant tout le corps à l'état de squelette, et que le vrai Graal, en revanche, apporterait la vie éternelle. »
La perspective qu'Indy pourrait acquérir l'immortalité simplement en avalant une gorgée me déplaisait beaucoup, parce qu'elle promettait une centaine de suites dont je ne voulais pas entendre parler.
C'est pourquoi j'ai ajouté certaines répliques — que j'ai finalement supprimées pour des raisons de rythme — dans lesquelles il était dit qu'il fallait pour être immortel boire dans le Graal au moins une fois par jour, tout jour sauté se traduisant par un vieillissement d'un an. Ainsi, après être resté le même pendant plus de quatre siècles, vous pouvez d'un coup prendre soixante ans en soixante jours si, pour une raison quelconque, vous oubliez de boire votre gorgée quotidienne ! » Starfix N°77

George Lucas : « L'Arche d'Alliance était sans doute un objet réel […] alors que le Saint Graal, ou du moins l'histoire qui l'entoure [la légende d'Arthur], tient davantage du mythe. Par conséquent, mes premières idées étaient très métaphysiques et le Graal difficile à définir. »

Chris Columbus

Puis Lucas s'intéressa à l'adaptation d'une légende chinoise impliquant le Roi Singe en Afrique. En mai 1985, il demanda à Chris Columbus (Réalisateur, Producteur, Producteur exécutif, Scénariste américain) d'en faire un script. Columbus avait déjà travaillé sur divers films produits par Spielberg : Les Goonies, Le Jeune Sherlock Holmes et Gremlins. Mais le scénario qu'il écrivit ne plut ni à Lucas ni à Spielberg. Finalement, ils décidèrent que ce n'était pas l'histoire qu'il voulait raconter. Spielberg trouvait notamment que le tournage serait trop physique.

Steven Spielberg : « Le travail de Chris était extrêmement brillant, plein d'humour. On y trouvait le rythme et la nostalgie des premiers Aventuriers… Il n'y avait absolument rien à redire. Mais voilà, aucun d'entre nous ne voulait passer quatre mois en Afrique pour filmer Harrison Ford à califourchon sur un rhinocéros poursuivi par quinze jeeps. En lisant ce script, je me suis senti vieux, en tout cas trop vieux pour le porter à l'écran. » Cinefex N°2

Steven Spielberg : « Avant qu'Indiana Jones ne soit confronté à son père, nous avions envisagé deux autres histoires possibles, très dissemblables. L'une se situait en Afrique, et Indiana Jones traquait le roi des singes. L'autre histoire, c'était la recherche de la Lance du Destin. George a alors eu l'idée d'envoyer notre héros à la recherche du Saint Graal. » Starfix N°77

Les bases de l'histoire

Lucas revint donc à l'idée de la quête Saint Graal. Sa priorité était de rendre le mythe plus concret.

C'est ainsi qu'il imagina ce qu'il advient de celui qui veut boire à la coupe sacrée : le vrai Graal lui apporte l'immortalité ; le faux le fait vieillir prématurément jusqu'à le réduire en poussière. Lucas décida également de mettre de nouveau les Nazis sur le coup.

Puis, un jour, ce fut l'illumination. Sans doute au cours d'une des réunions entre Lucas, Spielberg et Ford, une idée prit forme : « et si nous donnions un père à Indy ? ». Par un heureux hasard, tous les trois venaient justement de devenir papas.

Steven Spielberg : « Je ne voulais pas qu'Indy soit entraîné dans une folle poursuite sans une intrigue secondaire qui serait presque aussi importante que la quête elle-même. […] Le Graal est le symbole de la vérité qu'il y a en chacun de nous - la vérité dont nous sommes perpétuellement à la recherche, consciemment ou inconsciemment. Pour moi, c'est ce qui est représenté par la rencontre entre Indy et Henry. […] Ils vont à la recherche du Saint Graal, mais leur quête est aussi le symbole de leur recherche mutuelle. Il est possible de voir le Graal à la fois comme une véritable antiquité religieuse et comme la métaphore de sa propre illumination ; dans ce contexte, ça devenait intéressant pour moi. »

Le fait d'introduire le père d'Indy donnera un nouveau souffle à la série, et procurera l'émotion qui manquait au second film.

La dure vie de scénariste

Menno Meyjes

À partir de cette base, il fut demandé à Menno Meyjes (Réalisateur, Scénariste néerlandais), qui avait déjà travaillé avec Spielberg sur La couleur pourpre (1985), d'écrire un premier jet. Mais le réalisateur ne fut pas convaincu.

Le saviez-vous ?

Menno Meyjes a aussi écrit L'Empire du Soleil (1987), du même Spielberg, sans être crédité.

Au début de l'année 1987, Spielberg appela Jeffrey Boam afin de lui confier cette tâche délicate.

Boam avait impressionné Lucas avec son travail sur les films L'Aventure Intérieure de Joe Dante et The Dead Zone, de David Cronenberg (adapté d'un roman de Stephen King).

Jeffrey Boam

Boam s'attendait à ce qu'on lui livre un squelette d'intrigue, mais ce fut loin d'être le cas.

Jeffrey Boam (scénariste) : « On m'a donné une liste d'éléments qui n'en finissait pas : on rencontrerait le père d'Indy, Sallah et Brody reviendraient, il y aurait également un personnage féminin qui croiserait le fer avec Indy […] George m'a dit ce qu'il voulait dans l'histoire, puis il m'a lancé : "donne-moi une histoire". »

Et écrire le scénario d'un Indiana Jones est loin d'être évident. Le scénariste a une véritable épée de Damoclès au-dessus de la tête. Le script doit être à la hauteur des précédents films et respecter un schéma préétabli.

Jeffrey Boam (scénariste) : « […] Je savais en m'impliquant dans le projet que je ne pourrais pas faire tout ce que je voulais ; mais Georges refusa tout de même beaucoup de mes idées. […] Le scénariste est confronté à une structure confinée et à une série d'attentes que l'on doit retrouver dans le script… Heureusement pour tout le monde, c'est une formule particulièrement efficace et divertissante. »

Un des challenges de Boam fut l'écriture de la séquence d'ouverture. Il fit plusieurs essais, qui s'avérèrent sans réel intérêt. Il ne voyait pas ce qu'il pouvait dire de nouveau. Finalement, Lucas et Boam trouvèrent cette idée de mettre en scène Indy adolescent.

Jeffrey Boam (scénariste) : « […] Ce que nous montrons à ce moment est comment il est devenu Indiana Jones. […] Nous découvrons beaucoup de choses sur la vie d'Indy. Nous apprenons où il a grandi et à quoi ses parents ressemblaient […] l'origine du fouet, du blouson de cuir et du chapeau […] d'où vient sa peur des serpents. À la fin du film, Indiana Jones n'a plus beaucoup de secrets à révéler. »

Le saviez-vous ?

Voici la vraie histoire de la cicatrice d'Harrison Ford.

Harrison Ford : « Je travaillais chez Bullocks, un grand magasin à Los Angeles. Rayon peinture à l'huile. Mon boulot, c'était d'assortir la couleur de la peinture que vous vouliez au bout de moquette que vous aviez dans la main. Deux semaines après, vous receviez la peinture. Un matin, je suis parti dans ma vieille Volvo et en essayant de mettre ma ceinture de sécurité, je me suis retrouvé dans un poteau. La bagnole était une épave. Moi, j'avais une coupure au menton alors que j'aurais dû être mort. »

Un autre problème important pour Boam fut l'introduction d'un personnage féminin au sein d'une aventure plutôt masculine et centrée sur l'action, sans que cela paraisse artificiel. Compte tenu de la confrontation père-fils développée tout au long du film, il était difficile d'ajouter une idylle amoureuse. Pour y parvenir, il fallait que le personnage féminin représente un véritable défi pour Indiana.

Elsa

Boam créa donc le personnage d'Elsa Schneider, une combinaison des deux partenaires précédentes d'Indy. Déterminée, elle sait garder à la fois son sang-froid et son sex-appeal en toutes circonstances.

Il réussit à faire d'elle un élément totalement viable dans le développement de l'intrigue. Elsa est une historienne d'art ; elle est extrêmement séduisante, mais également opportuniste et cupide. Elle va notamment entretenir une intéressante relation ambiguë avec Indiana et parviendra à séduire le père comme le fils, ce qui ne fera qu'intensifier la confrontation entre ces deux derniers.

Les apports de Spielberg et de Connery

Steven Spielberg suivit de près le processus d'écriture. Il surveillait régulièrement l'avancement du scénario, et proposait des idées. Il tenait notamment beaucoup à celle des trois épreuves qu'Indy doit passer pour accéder au Graal à la fin du film.

George Lucas : « La nature des épreuves a changé plusieurs fois. Différentes versions ont été développées dans le script de Menno Meyes. […] Les trois épreuves telles qu'elles apparaissent dans le film, Le Souffle de Dieu, Le Mot de Dieu et Le Chemin de Dieu, sont essentiellement des idées de Steven. »

Sean Connery intervint également dans le processus d'écriture et permit d'étoffer sensiblement le personnage d'Henry. La première fois que S. Connery lut le script, il fut loin d'être satisfait. Henry y apparaissait tel un vieil homme sage et n'intervenait qu'à la 70ème page du scénario.

Sean Connery (Henry Jones) : « J'ai émis des réserves au début car je voulais avoir une idée plus précise de ce que nous voulions faire de ce personnage, la figure du père. J'aime l'idée de le voir plus comme Sir Richard Burton, l'explorateur ; à la fois actif et scolaire, alors vous réalisez que les gênes étaient là pour produire cet Indiana Jones. On retrouve ce mélange de l'homme d'action et de l'universitaire, mais avec un côté encore très Victorien. »

Sean Connery

Une partie du scénario fut donc réécrite. Boam repensa le personnage d'Henry Jones, lui donnant davantage de vitalité. Il le fit également apparaître plus tôt dans l'intrigue (page 50 du script). Par ailleurs, l'implication de Connery dans l'écriture du scénario permit de rendre ce dernier plus drôle.

Sean Connery (Henry Jones) : « J'essaie toujours de trouver la comédie en toutes choses, parce que c'est bien plus révélateur, bien plus agréable et plus difficile. Il y a quelque chose d'assez comique et d'absurde chez quelqu'un assis dans un side-car. Ce que nous avons vraiment voulu faire dans La dernière Croisade est d'essayer de trouver tous les moments où Henry et Indy éprouvent des difficultés pour se comprendre, et d'y intégrer des éléments comiques. Et cela dès le tout début, quand Henry appelle Indy "Junior !". »


Dernière mise à jour le 28/05/2012

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